Photo arrière-plan : Eric Barbara

! Nouvel Album !

Sortie nationale Le 25 janvier 2019 -

Concert de sortie au Sunside - Paris le 12 mars 2019


Lorsqu’en 2015, Philippe Soirat a publié You Know I Care, premier disque sous son nom, nombreux sont ceux qui ont soupiré d’aise. Le batteur, acteur hyperactif de la scène jazz parisienne et sideman prisé, n’avait en effet jamais pris ainsi la lumière, préférant mettre sa science des couleurs au service des autres. Lee Konitz, Lou Donaldson, Johnny Griffin, Mark Turner, Phil Woods, Steve Grossman, Laurent de Wilde ou les frères Belmondo, pour n’en citer que quelques-uns. La liste est bien plus longue, à la façon d’un inventaire du jazz, et sa discographie en est le fidèle reflet. On l’a compris, le musicien était d’autant plus occupé que ce rôle de partenaire lui convient à merveille, en ce qu’il sollicite sa faculté à s’adapter à n’importe quelle situation et sa part d’inconnu. L’inattendu : la vérité du jazz, ni plus ni moins. Bonne nouvelle, lui qui reconnaît volontiers ne pas être un leader dans l’âme, avait enfin osé franchir le pas.

 

Philippe Soirat se réalise dans un équilibre humain et musical. Il a trouvé chez David Prez (saxophone), Vincent Bourgeyx (piano) et Yoni Zelnik (contrebasse) les complicités nécessaires à l’épanouissement de son projet et c’est naturellement qu’il reconduit aujourd’hui une formation qui a sculpté au fil du temps sa forme sonore en même temps qu’elle nourrissait ses échanges jour après jour. Une histoire d’alchimie pour un quartet qui a su parler un langage commun dès les premières heures et dont chaque membre sait s’affranchir des barrières stylistiques.

 

Cette maturation donne le jour à Lines & Spaces. Ce titre est emprunté à une composition de Joe Lovano (de même que You Know I Care l’avait été à Duke Pearson). Un choix qui ne doit rien au hasard en ce qu’il traduit un désir mélodique et la volonté d’accorder à chaque musicien l’espace dont il a besoin pour faire vivre une histoire collective. Par la somme de ses expériences, Philippe Soirat est bien

 

placé pour savoir que la musique est un matériau modelable à l’infini : c’est la raison pour laquelle il continue de chercher l’inspiration chez les autres, et pas forcément les batteurs. Il ne s’agit pas de rendre hommage à quelques maîtres, mais bien de s’emparer de compositions existantes et de les mêler à une poignée de thèmes originaux, comme autant de prétextes à faire entendre sa propre voix. L’exemple de « Second Genesis », signé Wayne Shorter, suivi de « A Shorter One » signé David Prez, illustre cette imbrication subtile des formes musicales qui font le sel de Lines & Spaces. La première est l’occasion de se réapproprier une mélodie remontant à 1960, tandis que la seconde, beaucoup plus free, fait écho à la quête actuelle d’un musicien entré dans la légende du jazz. Comme si le quartet tendait un fil entre passé et présent pour recomposer sa propre grammaire. Autre illustration typique d’une gourmandise assumée : « Countdown » de John Coltrane. Ici, en référence à l’original, on joue au chat et à la souris avant de se ruer sur le thème durant les dernières secondes. Un jeu, à tous les sens du terme, et une maîtrise de ses règles qui font de ce second opus bien plus qu’une simple suite du premier. Il est une avancée sur un long chemin.

 

Les interventions de Philippe Soirat, d’une grande concision, sonnent à la façon d’un rappel au groove et d’œillades complices lancées à ses partenaires. De plus, Lines & Spaces est l’occasion de vérifier tout le soin accordé à la sonorité d’un instrument dont les vertus mélodiques sont exacerbées par la précision d’un drumming oscillant entre puissance et impressionnisme. Au bout du compte, le disque se présente comme le carnet de bord d’un amoureux du jazz en liberté et de la richesse de ses conversations, pour qui la vibration de la musique prime sur toute autre considération. On est tenté de le qualifier d’exemplaire.

 

Denis Desassis

 


 When Philippe Soirat’s first album as a bandleader, You Know I Care, was released in 2015, his many fans were pleased. Soirat, a drummer and active member of the Paris jazz scene, is a first-class sideman who, until then, had not taken center stage, preferring to put his vast knowledge of color to work for others — Lee Konitz, Lou Donaldson, Johnny Griffin, Mark Turner, Phil Woods, Steve Grossman, Laurent de Wilde and the Belmondo brothers, to name just a few. The full list is much longer - it reads like a who’s who of jazz, and his discography closely reflects that. Soirat owes this musical activity to the fact that collaboration suits him perfectly: it appeals to his ability to adapt to any situation and to seek out the unknown. The unexpected. The truth of jazz, no more, no less. It is welcome news that, although he readily admits he does not feel like a bandleader at heart, he finally took that step.

 

Philippe Soirat truly comes into his own when there is a strong connection between the music and people. In David Prez (saxophone), Vincent Bourgeyx (piano) and Yoni Zelnik (bass), he found the close relationships he needed to bring his project to life. So it makes sense that he chose to lead the same group again – a group that fashioned its sound over time while gradually expanding its idiom. The quartet had chemistry from the start – they spoke the same language, each of them free from conventional stylistic boundaries.

 

Lines & Spaces grew out of this process of maturation. The title is borrowed from a composition by Joe Lovano (just as You Know I Care was borrowed from Duke Pearson). That choice is no accident. It conveys an appreciation for melody and a desire

to give each musician the space he needs to bring to life a collective narrative. Philippe Soirat knows from experience that music is an infinitely malleable medium. That is the reason he continues to look for inspiration in the work of other musicians - and not necessarily drummers. The point is not to pay homage to a few masters but to take existing compositions, combining them with a handful of original themes, as pretexts to finding his own voice. The example of Second Genesis, a composition by Wayne Shorter, followed by A Shorter One, by David Prez, illustrates the subtle overlap of musical forms that makes Lines & Spaces so interesting. The former is a chance to explore a melody from 1960 while the latter, much more free, reflects the jazz legend’s recent work. It is as if the quartet pulled a thread between past and present in order to write its own syntax. Another illustration of this lively and confident approach is Countdown, by John Coltrane. The music refers to the original in a game of cat and mouse before pouncing on the theme in the last seconds. It is a game in every sense of the word, and the mastery of its rules makes this second album much more than a follow-up to the first. It takes the music a step further on a rich journey.

 

Philippe Soirat’s tight solos return to the groove with knowing glances to his partners. Lines & Spaces is a chance to hear the drums’ melodic qualities highlighted by Soirat’s precise, powerful, and in turn impressionistic playing. In the end, the album is like the diary of a man who loves the freedom of jazz in all its richness and values most of all the feeling in the music. I am tempted to say it is perfect.

 

Denis Desassis

Translated from the French by Anna Lehmann



"You Know I Care" est toujours disponible

Quatre talents au service d'une musique libre, sophistiquée, organique et poétique.

 

...Leur investissement dans le noble art de fabriquer, à la main, de la bonne musique est même pour le moins contagieux. Alors succombez à ce virus (c'est un ordre, bien sûr !).                                                                                                                                  Thierry Quenum - JazzMagazine

 

...Le feu, l'enthousiasme, la plénitude. On ne demande qu'à les revoir.                                                                                                                                         Mathieu Perez - Jazz Hot

 .

..Un beau disque de jazz, vif et inspiré.                                                                                                         Culture Jazz

 

Ce quartet produit un jazz riche en maturité où l'émotion, l'énergie et une virtuosité maîtrisée ne cessent de nous surprendre.

                                                                         Billy Glubo Blog

 

                                                                        

Son : Alban Sautour. Studio : Sextan, Malakoff Mastering : Raphaël Jonin

Photos : Jean-Baptiste Millot

Artwork /Photos : Hervé Chaussade & Eric Pineau



Était-il de titre plus adapté que ce You Know I Care que Philippe Soirat a choisi pour son premier album ? Outre qu’il désigne l’une des plus belles ballades qu’ait composée le pianiste Duke Pearson, immortalisée par Joe Henderson et, plus récemment, Mark Turner (ce qui est en soi une indication assez précise de l’aire d’inspiration de ce disque), ce titre, par ce qu’il exprime, va comme un gant à ce batteur que l’on connaît comme un accompagnateur de choix et un pilier des clubs de jazz.

Un de ces musiciens qui font battre le cœur du swing au quotidien, d’abord au service des autres, sidemen par choix qui, loin d’être de simples figurants, trouvent dans cette position, côte à côte avec le soliste, une manière d’être eux-mêmes par l’affinement et la polyvalence de leur art, adaptant leur manière à chaque

 

 

 

 

Was there a better suited title for Philippe Soirat’s first album than the one he has chosen - You Know I Care ? Not only is this the name of one of pianist Duke Pearson’s most beautiful ballads, immortalised by Joe Henderson and more recently by Mark Turner (which is in itself a rather specific indication of the area of inspiration for this album) but its implications are entirely appropriate for a drummer who has made a name for himself as a choice accompanist and a fixture of jazz clubs. One of those musicians who, on a nightly basis, make the heart of swing beat, serving others first, sidemen by choice, not mere extras, who in this position on the soloist’s side find a way to be themselves in the honing of their multifaceted art, tailoring their playing to each context and project, bringing with

contexte, à chaque projet : soit l’assurance d’un soin constant apporté à faire respirer la musique, d’une vigilance permanente pour servir le propos collectif, d’une présence bienveillante et souple qui sait s’effacer quand nécessaire autant que relancer le jeu s’il a tendance à faiblir.

 

C’est seulement après avoir participé à plus d’une cinquantaine d’albums, de Barney Wilen aux frères Belmondo, de Barry Harris à Lenny Popkin, de Laurent Coq à Alain Jean-Marie, et avec au compteur à peu près le même nombre d’années, que Philippe Soirat s’est décidé à signer son premier opus. Il a formé un groupe pour l’occasion, avec quelques-unes des fines lames du jazz parisien, qu’il savait capables de répondre à son invitation, de jouer le jeu du jazz : mettre des musiciens dans une même pièce,

 

 

 

 

them the assurance of a constant care to let the music breathe, a tireless vigilance to serve collective expression, and a benevolent, adaptable presence with the ability to step aside if required, or raise the energy level should it threaten to dwindle.

 

Only after appearing on a good fifty albums – from Barney Wilen to the Belmondo brothers, Barry Harris to Lenny Popkin and Laurent Coq to Alain Jean-Marie – in about as many years on this planet has Philippe Soirat finally decided to make his début as a leader. For the occasion, he has assembled a band featuring some of the finest exponents of Parisian jazz, who he knew would rise to the challenge of playing the age-old game of jazz : put musicians in the same room, hand them some of those

leur jeter en pâture quelques-uns de ces standards du jazz moderne qui sont inscrits dans leur gènes (en les ayant au préalable reconfigurés, notamment sur le plan rythmique — logique pour un batteur) et laisser la musique émerger, comme aux grandes heures du label Blue Note dont on retrouvera, au rang des compositeurs, certains des plus illustres sociétaires.

Que ce disque soit le sien ne change rien à l’affaire. Loin des démonstrations techniques et des effets de baguette, Philippe Soirat reste au plus près de ce qu’on attend de lui, toujours sur le qui-vive mais jamais envahissant, précis et subtil à chaque instant… Cela ne surprendra pas ceux qui ont l’habitude de l’entendre, ni les musiciens qui ont croisé un jour la route de Philippe Soirat : We Know He Cares.

 

Vincent Bessières

 

 

modern jazz standards which are rooted in their genes (but not before reconfiguring them, rhythmically in particular – makes sense for a drummer !) and let the music happen, as in the glory days of the Blue Note label, several of whose leading figures are represented here as composers.

 

That this record is his own makes it no exception to the rule. Eschewing gratuitous displays of technique and stick tricks, Philippe Soirat doesn’t stray from what is expected of him, constantly on the alert yet never intrusive, always precise and subtle… All of which will come as no surprise to those who are used to hearing him, and to any musicians who have ever crossed paths with Philippe Soirat : We Know He Cares.

 

Vincent Bessières